
Le Bénin vient de sécuriser une enveloppe de 114 millions de dollars, environ 65,4 milliards de FCFA, auprès de la Banque européenne d’investissement (BEI) et de la Banque internationale pour l’industrie et le commerce (BIIC). Ce financement doit consolider des chaînes de valeur agricoles jugées stratégiques, à la fois pour l’économie béninoise et pour les industries européennes qui en dépendent.
L’accord, annoncé le mardi 14 juillet, s’inscrit dans la stratégie Global Gateway de l’Union européenne, dont l’objectif est de sécuriser et diversifier les chaînes d’approvisionnement mondiales. Concrètement, les fonds élargiront l’accès au crédit pour les petites et moyennes entreprises ainsi que pour les entreprises de taille intermédiaire béninoises, les filières agricoles intégrées constituant la priorité absolue de ce partenariat.
Trois filières ciblées en priorité
Le programme concentre son action sur trois secteurs :
- Coton et textile : renforcer la transformation locale pour sécuriser les approvisionnements européens et améliorer la traçabilité des produits ;
- Soja : développer la transformation sur place afin de diversifier les sources d’approvisionnement du marché européen ;
- Noix de cajou (anacarde) : encourager le tri et la transformation locale pour bâtir des chaînes de valeur plus résilientes et conformes aux normes européennes.
Selon le communiqué de la BEI, au moins 70 % de l’enveloppe, soit environ 45,9 milliards FCFA, ira à ces trois filières, dans une logique d’intégration renforcée entre l’Afrique de l’Ouest et l’UE. L’accord a par ailleurs été signé dans le cadre de l’initiative « Women for Stronger Communities and Growth », destinée à soutenir la résilience économique des femmes et des communautés rurales face au changement climatique et à l’insécurité alimentaire.
Un secteur qui pèse lourd, mais reste vulnérable
L’agriculture occupe une place centrale dans l’économie béninoise : le Fonds international de développement agricole (FIDA) estime qu’elle représente près de 30 % du PIB et fait vivre 70 % de la population active.
Le coton, premier produit d’exportation du pays, illustre à la fois la dynamique et la fragilité du secteur. La production nationale est passée d’environ 137 000 tonnes en 2010-2011 à près de 728 000 tonnes en 2020-2021, hissant le Bénin au rang de premier producteur africain, devant le Burkina Faso et le Mali. Pour la campagne 2025-2026, la récolte est estimée à 647 000 tonnes. Lors de la campagne 2024-2025, la production de 640 000 tonnes attendue représentait une valeur brute d’environ 192 milliards de FCFA (308,2 millions de dollars). Pour inciter les producteurs à dépasser 700 000 tonnes lors de la campagne 2026-2027, le gouvernement a même promis une prime exceptionnelle de 10 FCFA par kilogramme, pour une enveloppe totale d’environ 7 milliards de FCFA. Le pays vise le seuil du million de tonnes à l’horizon 2030.
Mais la filière reste exposée aux à-coups du marché mondial : au troisième trimestre 2025, les exportations de coton ont représenté 34,3 milliards de FCFA, dont 28,6 milliards de FCFA vers le seul Bangladesh, premier client du Bénin, et seulement 2,4 milliards de FCFA vers l’Inde, un repli des volumes qui a pesé pour près de 15 points de pourcentage dans la baisse globale des exportations du pays ce trimestre-là.
La noix de cajou, deuxième produit d’exportation agricole, a généré environ 268,7 milliards de FCFA (468 millions de dollars) de recettes à l’export sous forme brute selon les dernières données disponibles. La production brute est passée d’environ 130 000 tonnes en 2019 à plus de 200 000 tonnes en 2024, avec une prévision de 225 000 tonnes pour la campagne 2024-2025. Depuis avril 2024, le Bénin interdit l’exportation de noix brutes afin d’imposer la transformation locale intégrale, une politique plus stricte que celle de la Côte d’Ivoire. Résultat : les volumes transformés localement ont doublé en 2025, contribuant à une hausse régionale de 51 % de la transformation en Afrique de l’Ouest. La filière ferait vivre plus de 200 000 personnes au Bénin.
Le soja, filière moins mature, ne représente encore qu’une fraction modeste des exportations agricoles béninoises, loin derrière le coton et l’anacarde, d’où l’intérêt du nouveau financement pour structurer sa transformation et diversifier les débouchés du pays.
Au-delà de ces trois filières, le Bénin exporte aussi karité, café, produits du palmier, ananas et cacao. Mais le secteur agricole dans son ensemble demeure vulnérable : aléas climatiques, accès limité aux intrants, irrigation insuffisante, rendements encore faibles et dépendance à un nombre restreint de cultures d’exportation.
Une modernisation déjà engagée
Le Programme d’action du gouvernement (PAG 2016-2021 puis 2021-2026) et le Plan stratégique de développement du secteur agricole (PSDSA) ont déjà porté des investissements dans la mécanisation, l’irrigation et la structuration des filières. Des zones industrielles comme la Zone industrielle de Glo-Djigbé accompagnent cette ambition de transformation locale, avec pour objectif de réduire la dépendance du pays aux exportations de matières premières brutes et de créer davantage de valeur ajoutée, et donc d’emplois, sur le territoire national.
Le nouveau financement de la BEI et de la BIIC s’inscrit dans cette continuité, en misant sur l’investissement privé pour accélérer une transition déjà amorcée.
Olivier ALLOCHEME

