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Accès à l’électricité au Bénin : Des progrès réels mais le coût du branchement reste le principal verrou

Le dernier rapport mondial Tracking SDG 7, publié conjointement par la Banque mondiale, l’Agence internationale de l’énergie (AIE), l’IRENA, l’OMS et la Division statistique des Nations Unies, dresse un constat sévère sur l’état de l’accès à l’énergie en Afrique subsaharienne. Pour le Bénin, le tableau est ambigu : les infrastructures s’étendent, mais l’accès réel reste conditionné par le revenu des ménages.

Les données 2022 du rapport illustrent une fracture sociale béante. Au Bénin, le taux d’accès à l’électricité atteint 73 % pour les 20 % des ménages les plus aisés, contre seulement 35 % pour les 20 % les plus pauvres, un écart de 37 points de pourcentage que le rapport qualifie de barrière systémique, le revenu restant le principal facteur déterminant l’accès. Malgré tout, un progrès d’ensemble est documenté : la proportion de la population béninoise ayant accès à l’électricité est passée de 34,5 % en 2018 à 65 % en 2022, selon le rapport 2025 sur le développement durable au Bénin.

Le paradoxe du ménage connecté mais non branché

La leçon la plus dure pour les décideurs tient à ce que le rapport Tracking SDG 7 nomme le « fossé d’adoption » (uptake gap) : de nombreux ménages restent non connectés au réseau bien qu’ils se trouvent à proximité des infrastructures existantes. L’obstacle n’est pas technique, mais financier : les frais de connexion initiaux et le câblage interne des habitations sont prohibitifs. Le Projet d’électrification rurale Phase II (PERU II), financé par la Banque africaine de développement à hauteur de 107,35 millions d’euros, s’attaque directement à ce verrou : le coût du branchement sera ramené de 20 000 FCFA à 5 000 FCFA pour les ménages, le projet devant électrifier 420 nouvelles localités rurales et 150 localités périurbaines, au bénéfice d’environ 550 000 habitants.

Un effort budgétaire national en hausse

Sur le plan des ressources internes, le signal est positif. Le budget alloué au secteur de l’énergie s’est élevé à 203 milliards de francs CFA en 2025, en hausse de 22,41 % par rapport à l’année précédente. Pour 2026, l’effort se poursuit : le secteur de l’énergie, de l’eau et des mines bénéficiera d’investissements incluant la poursuite de l’installation de centrales thermiques (240 MW), la construction de centrales solaires (125 MWc) et l’électrification de nouvelles localités, dans le cadre d’un budget général de 3 783,984 milliards de FCFA, en hausse par rapport à 2025, avec un taux de croissance projeté de 7,5 %. Ces engagements s’articulent avec le Pacte National de l’Énergie signé par le Bénin dans le cadre de la Mission 300 de la Banque mondiale et de la BAD, qui vise à connecter 300 millions d’Africains à l’horizon 2030.

La cuisson propre, urgence silencieuse

Pendant que l’électricité monopolise l’attention, la crise de la cuisson propre s’aggrave. En Afrique subsaharienne, le nombre de personnes sans accès à des solutions de cuisson saines pourrait atteindre le milliard d’ici 2027, la croissance démographique continuant de dépasser les gains d’accès. Le Bénin n’échappe pas à cette dynamique. La dépendance à la biomasse traditionnelle,  bois, charbon de bois,  demeure la norme pour une large majorité des ménages, exposant femmes et enfants aux effets documentés de la pollution de l’air intérieur.

Des financements extérieurs sous tension

Les flux financiers internationaux vers les pays les moins avancés (PMA), dont fait partie le Bénin, ont diminué de 11 % en 2024, pour s’établir à 3,7 milliards de dollars, une contraction qui survient au moment même où ces pays concentrent plus de 60 % de la population mondiale sans électricité. Le Pacte National de l’Énergie du Bénin, signé en 2025 dans le cadre de la Mission 300, vise à capter une part des financements multilatéraux disponibles. Il prévoit notamment l’objectif d’électrifier 257 000 ménages supplémentaires par an à partir de 2026, pour atteindre 1 285 000 ménages sur la période.

Infrastructure ne vaut pas accès

Le message central du rapport Tracking SDG 7 reste valable pour Cotonou comme pour toutes les capitales du Sahel : déployer un réseau ne garantit pas son usage. Sans subventions ciblées sur les frais de branchement, sans accélération de l’accès à la cuisson propre, et sans maintien des flux financiers extérieurs, le Bénin risque de voir ses gains d’infrastructure neutralisés par une précarité énergétique que le seul câble électrique ne suffit pas à résorber.

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