Lors d’un débat à Cotonou, le professeur Victor Prudent Topanou a livré une analyse percutante sur les contre-pouvoirs en Afrique. Organisé par l’Institut des artisans de Justice et de paix Chant d’oiseau (Iajp-Co) le vendredi 15 mai 2026, l’ancien ministre de la Justice a surtout mis en lumière quatre grandes vulnérabilités qui, pour lui, affaiblissent les institutions et favorisent la domination du pouvoir exécutif.

« Tous les hommes détenteurs du pouvoir ont une tendance naturelle à l’abuser » fait constater l’ancien ministre Victor Topanou le vendredi 15 mai 2026 à Cotonou lors d’un débat organisé par l’Institut des artisans de Justice et de paix Chant d’oiseau (Iajp-Co) sur le thème : « Les institutions juridiques en Afrique : entre contre-pouvoir et continuité du pouvoir exécutif ». À ses côtés, Me Luc Martin Hounkanrin, défenseur au barreau du Bénin, et le Dr Woroucoubou Abibou, ex-parlementaire et membre de la formation Les Démocrates. C’était en présence des intellectuels, des délégués des organes de la République, des animateurs politiques et des représentants du corps social
« Tous les hommes détenteurs du pouvoir ont une tendance naturelle à l’abuser », a-t-il déclaré. Un raisonnement psychologique planétaire qui, selon sa vision, justifie l’émergence même de la doctrine de la délimitation des autorités conçue par Montesquieu. Il a indiqué que les forces de régulation deviennent indispensables dès le moment où l’autorité gouvernementale ne suscite plus l’unanimité. « Toutes les fois où un pouvoir fait bien, la problématique de contre-pouvoir ne se pose même pas », a-t-il expliqué. Pour lui, lorsque se manifestent des excès ou des tiraillements, le besoin de dispositifs aptes à circonscrire l’autorité resurgit instantanément. Victor Topanou a notifié que le Bénin a autrefois traversé des séquences où les instances assumaient totalement leur mission de modération pluraliste. Il a mentionné en particulier la Cour constitutionnelle dirigée par Conceptia Pognon au moment de la contestation de la défaite du président Nicéphore Soglo. En dépit des intimidations politiques et des frictions, la Cour avait préservé son orientation, fortifiant sa considération de véritable force de régulation. L’ex-ministre a de surcroît relaté l’Assemblée nationale sous la direction d’Adrien Houngbédji, séquence durant laquelle l’article 68 de la Constitution avait été actionné pour dénouer des litiges de compétences entre instances sous les présidents Soglo, Kérékou puis Boni Yayi. Toutefois, d’après lui, les complications contemporaines des forces de régulation s’expliquent prioritairement par ce qu’il qualifie de « vulnérabilités ».
Des carences qui paralysent les dispositifs
La première fragilité se trouve dans la prérogative de désignation du chef de l’État. Dans des communautés où l’estime collective tient une place prépondérante, les dirigeants désignés conçoivent fréquemment un sentiment d’assujettissement envers celui qui les a gratifiés. Cette conjoncture amoindrit leur aptitude d’émancipation face à l’autorité gouvernementale. La deuxième fragilité est d’ordre coutumier. Victor Topanou a confronté le « devoir d’ingratitude » manifesté dans certaines républiques occidentales à la coutume africaine de la reconnaissance. Selon ses dires, dans les communautés africaines, l’apprentissage social incite constamment à exprimer sa gratitude et à demeurer redevable envers ceux qui vous ont soutenu. Ce précepte fabrique des gestionnaires de la chose publique qui se découvrent moralement enchaînés à leurs bienfaiteurs et deviennent plus aisément manipulables. Le chercheur Topanou a par la suite abordé une troisième fragilité particulièrement délicate : l’exploitation de dossiers compromettants en guise de levier de coercition. D’après ses affirmations, certaines autorités sont conservées sous tutelle au moyen de dossiers de malversation ou de renseignements préjudiciables susceptibles d’être actionnés contre elles. « On préfère parfois promouvoir des gens qui ont des dossiers plutôt que ceux qui n’en ont pas », a-t-il affirmé. Enfin, l’ancien Garde des Sceaux a conversé des fragilités domestiques et sentimentales, une composante rarement traitée au grand jour. Il a détaillé que certains parents (aïeule, tante, conjointe ou autre composant prédominant de la lignée) peuvent exercer un puissant ascendant sur les responsables politiques. Des circuits sentimentaux occultes qui, d’après lui, éclairent parfois des revirements soudains d’attitude ou des choix inintelligibles au sein de la scène publique.
Que faire ?
Par-delà le constat, Victor Topanou a réinscrit la réflexion dans un cheminement chronologique. Il a rappelé que la délimitation des autorités est apparue afin de combattre la royauté absolue, où le monarque cumulait simultanément l’exécutif, le législatif et le judiciaire. Néanmoins, d’après sa lecture, les républiques contemporaines sont aujourd’hui passées d’une logique de délimitation à une logique de coopération entre les autorités. Ce partenariat, a-t-il signalé, peut parfois dériver « de la simple complicité à la soumission ».
Afin de contrer ces égarements, le chercheur estime que les remèdes doivent s’avérer simultanément pédagogiques et techniques. Il réclame notamment une modification substantielle de l’instruction afin de stimuler davantage le sens critique, l’émancipation et la conscience des institutions. Par ce positionnement riche et direct, Victor Prudent Topanou a dispensé une interprétation lucide des fragilités qui paralysent les forces de régulation en Afrique. Un examen vigoureux qui stimule à nouveau la discussion sur le devenir des instances pluralistes au Bénin et sur le continent.
Augustin HESSOU

