Au premier trimestre 2026, les exportations béninoises ont bondi de 78 % en un trimestre. Derrière ce chiffre spectaculaire se dessine une mutation plus de la structure commerciale du pays.

Les chiffres ont de quoi surprendre. Selon les données publiées le 5 juin 2026 par l’Institut National de la Statistique et de la Démographie (INStaD), le Bénin a réalisé des exportations estimées à 223,96 milliards de francs CFA au premier trimestre 2026, soit une hausse de 78,3 % par rapport au quatrième trimestre 2025 et de 51,1 % en comparaison avec le premier trimestre 2025. Une performance que le pays n’avait pas enregistrée depuis plusieurs années et qui vient couronner une dynamique amorcée dès la fin 2025 : au quatrième trimestre 2025, les exportations avaient déjà progressé de 34,7 %, portées par le coton dont la part atteignait alors 47,7 % de la valeur totale des expéditions.
Le coton, toujours souverain
La fibre blanche demeure l’armature indéboulonnable du modèle exportateur béninois. Le coton non cardé a représenté à lui seul 70,2 milliards de FCFA, soit 31,3 % des ventes extérieures du trimestre. Plus de 74 000 tonnes ont été expédiées, essentiellement vers l’Asie du Sud. Le Bangladesh demeure le premier client du Bénin avec 30,6 % de la valeur des exportations, pour un unique produit, le coton, acheté à hauteur de 68,6 milliards de FCFA. Cette dépendance à un seul acheteur pour un seul produit illustre la fragilité structurelle que les autorités béninoises cherchent précisément à corriger.
Au deuxième rang des produits exportés figurent des embarcations fluviales et maritimes réexportées vers la Côte d’Ivoire pour 49,1 milliards de FCFA, une opération ponctuelle qui propulse Abidjan au rang de deuxième client global avec 22,8 % des ventes, suivies des tourteaux et résidus d’oléagineux (17,3 milliards de FCFA) et des graines et fruits oléagineux (15 milliards de FCFA). Les dix premiers produits représentent 83,6 % des ventes à l’extérieur. Au sein de la CEDEAO, où les ventes béninoises totalisent 70,1 milliards de FCFA, la Côte d’Ivoire, le Nigeria et le Togo sont les trois premiers débouchés.
Des importations en net recul
À rebours de la dynamique des exportations, les achats à l’étranger se sont nettement contractés. Les importations de marchandises ont reculé de 17,6 % sur un trimestre et de 41,1 % sur un an, pour s’établir à 428,95 milliards de FCFA. Cette baisse tient principalement au repli des achats de riz semi-blanchi et d’huiles de pétrole. Le riz semi-blanchi reste néanmoins le premier poste d’importation avec 15,3 % de la valeur totale, suivi des huiles de pétrole (7,7 %) et des poissons congelés (4,8 %). Côté fournisseurs, la Chine, l’Inde et la Russie dominent le panel : l’Inde se distingue par ses livraisons massives de riz (environ 374 000 tonnes), la Russie approvisionne le Bénin en engrais et produits pétroliers, et la France, quatrième fournisseur, a vendu principalement des médicaments pour environ 15 milliards de FCFA.
Malgré l’amélioration du ratio, le déficit commercial atteint environ 205 milliards de FCFA sur la période, avec un taux de couverture des importations par les exportations estimé à 52 %. Ce déséquilibre structurel est celui d’une économie peu industrialisée, contrainte d’exporter essentiellement des matières agricoles brutes, même si les efforts en cours visent à corriger ce biais.
La GDIZ : le pari de la transformation locale
C’est ici que le tableau devient plus nuancé — et plus prometteur. L’interdiction d’exporter le cajou et le soja bruts, entrée en vigueur en avril 2024, et la montée en puissance de la Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ), dont l’ambition est de créer plus de 300 000 emplois directs d’ici 2030 , dessinent une bascule structurelle dont les effets commencent à être mesurables.
Selon le rapport annuel 2025 de l’Agence de Promotion des Investissements et des Exportations (APIEx), les produits transformés représentent désormais 62,3 % des exportations totales du pays, contre 56,3 % en 2023. Le solde de la balance commerciale des produits transformés issus des filières stratégiques (coton, soja, cajou, karité) s’est établi à 398,8 milliards de FCFA en 2024, en progression de 18 % par rapport aux 337,9 milliards de 2023.
Cette mutation reste toutefois géographiquement concentrée. Les quatorze industries entrées en exploitation hors zone en 2025 n’ont généré que 663 emplois cumulés, contre 4 131 pour les seules trois nouvelles unités de la GDIZ sur la même période. La question de la diffusion territoriale de l’industrialisation reste posée.
Une croissance qui attire les bailleurs
Ce dynamisme commercial s’inscrit dans un contexte macroéconomique globalement favorable. Selon le FMI, la croissance du PIB réel du Bénin en 2025 est estimée à 7,0 %. Sur la période 2025-2027, elle devrait se maintenir à 7,1 % en moyenne, avec une réduction attendue du taux de pauvreté à 22,3 % en 2027. Des performances qui ont encouragé la Banque mondiale à franchir un nouveau cap dans son partenariat, en approuvant en juin 2026 un Cadre de partenariat pays 2027-2036 adossé à une enveloppe IDA de 1,077 milliard de dollars sur dix ans.
Le défi des prochains trimestres sera de consolider ces résultats sans les laisser captifs des aléas agricoles ou de la demande asiatique en coton brut. Pour les décideurs béninois, l’enjeu n’est pas seulement de vendre davantage, mais de transformer localement cette production pour réduire la dépendance aux cours mondiaux et aux fluctuations de la demande asiatique. Un objectif que le premier trimestre 2026 montre à la fois plus proche et encore lointain.
Olivier ALLOCHEME

