
La publication, le 4 juillet 2026, du rapport audité du premier trimestre 2026 de la Commission nigériane de régulation de l’électricité (NERC) remet en lumière la question des paiements liés aux exportations d’électricité du Nigeria vers ses voisins. Selon le régulateur nigérian, le Bénin, le Togo et le Niger n’ont réglé que 27,57 % des factures qui leur ont été adressées entre janvier et mars 2026, laissant un encours global de 12,66 millions de dollars, soit près de 7,6 milliards de FCFA. Cette situation alimente régulièrement les débats sur la solidité financière des échanges d’électricité en Afrique de l’Ouest, même si les chiffres méritent d’être replacés dans leur contexte.
Le cas du Bénin
Pour le seul Bénin, les données publiées par la NERC montrent que les factures émises au premier trimestre 2026 atteignent 7,01 millions de dollars. Elles concernent plusieurs contrats d’approvisionnement conclus entre des producteurs privés nigérians et la Société béninoise d’énergie électrique (SBEE).
Le contrat Paras-SBEE affiche une facture de 1,94 million de dollars qui n’avait enregistré aucun paiement à la clôture du trimestre. De son côté, le contrat Transcorp-SBEE (centrale d’Ughelli) fait apparaître un règlement de 900 000 dollars sur une facture de 4,20 millions de dollars, tandis que le contrat Transcorp-SBEE (Afam 3) présente un paiement de 1,13 million de dollars sur une facture de 2,90 millions. Au total, les versements effectués sur les factures courantes représentent environ 2,03 millions de dollar.
Ces chiffres, souvent interprétés comme le signe d’une incapacité de paiement, ne traduisent cependant qu’une partie de la réalité financière. Au cours de cette même période, la SBEE a également procédé au règlement de plusieurs factures antérieures. Les données de la NERC indiquent que 4,05 millions de dollars ont été versés pour apurer des créances historiques, dont 3,28 millions de dollars au profit de Transcorp-Ughelli et 770 000 dollars pour Paras. Cette pratique montre que les paiements s’effectuent selon un calendrier qui ne coïncide pas toujours avec la période de facturation retenue dans les rapports trimestriels du régulateur nigérian.
Des paiements décalés
L’analyse des rapports précédents confirme d’ailleurs que cette situation n’est pas nouvelle. Au deuxième trimestre 2025, les clients internationaux avaient réglé un peu plus de la moitié des montants facturés, avec un taux de recouvrement de 51,33 %. Durant cette période, le contrat Transcorp-SBEE avait été intégralement payé, tandis que d’autres contrats affichaient des retards de règlement. Les performances de paiement évoluent donc d’un trimestre à l’autre sans remettre systématiquement en cause la continuité des échanges électriques entre les deux pays.
Les échanges d’électricité entre le Nigeria et le Bénin s’inscrivent dans un dispositif régional ancien. Le Nigeria demeure le principal fournisseur d’électricité importée par le Bénin grâce aux interconnexions exploitées par la Transmission Company of Nigeria (TCN) et la Communauté électrique du Bénin (CEB). Des contrats bilatéraux permettent également à des producteurs indépendants nigérians, notamment Paras Energy et Transcorp Power, de vendre directement de l’électricité à la SBEE. Selon les documents de la Banque mondiale consacrés au Pacte national de l’énergie du Nigeria, les capacités contractuelles d’exportation vers le Bénin atteignent plusieurs centaines de mégawatts, même si les contraintes du réseau limitent parfois les volumes effectivement livrés.
Des orientations pour une autonomie à venir
Cette dépendance aux importations explique pourquoi le gouvernement béninois poursuit simultanément une stratégie de sécurisation de ses approvisionnements et de développement de ses capacités nationales de production. Le Pacte national de l’énergie du Bénin, élaboré dans le cadre de l’initiative « Mission 300 » avec l’appui de la Banque mondiale, fixe un objectif ambitieux d’élargissement de l’accès à l’électricité tout en renforçant la production locale et les infrastructures de transport. Le document prévoit notamment la réalisation de nouvelles centrales solaires photovoltaïques, le développement de capacités thermiques, le renforcement des interconnexions régionales ainsi que la modernisation du réseau de transport et de distribution.
Le plan prévoit notamment le développement progressif de capacités nationales comprenant 100 MW de centrales solaires photovoltaïques et 200 MW de capacités thermiques supplémentaires à l’horizon 2030, avec l’objectif d’accroître significativement la part des énergies renouvelables dans le mix électrique national. Il prévoit également la construction d’une deuxième ligne de transport à haute tension entre le Nigeria et le Bénin afin d’améliorer la sécurité des échanges régionaux d’électricité.
Ainsi, les chiffres publiés par la NERC illustrent davantage les tensions de trésorerie et les décalages de règlement qui caractérisent le marché régional de l’électricité qu’une rupture des relations commerciales entre le Bénin et le Nigeria. Dans un contexte où les besoins énergétiques du Bénin continuent de croître, la consolidation des capacités nationales de production apparaît comme le principal levier pour réduire progressivement la dépendance aux importations, tout en préservant les échanges régionaux indispensables à la stabilité de l’approvisionnement électrique.
Olivier ALLOCHEME

