La scolarité devient gratuite pour les filles jusqu’au baccalauréat, tandis que 30 milliards de francs viabilisent écoles et centres de santé. Deux réformes sociales au cœur du projet Wadagni.

Dans la salle de la mairie de Parakou, l’annonce a fait lever quelques regards émus. Parmi les femmes des marchés, beaucoup ont connu l’école interrompue, le mariage venu trop tôt, le cartable rangé faute de moyens. Ce qu’elles ont entendu ce mercredi ressemblait à une réparation : dès la prochaine rentrée, la scolarité deviendra gratuite pour les filles au second cycle, en classes de seconde, première et terminale.
Un rempart contre les mariages précoces
La gratuité du premier cycle était déjà acquise. Le gouvernement franchit désormais un pas décisif en l’étendant jusqu’au baccalauréat pour les jeunes filles. L’enjeu dépasse la seule question des frais de scolarité. « Libérer les filles des frais de scolarité jusqu’au baccalauréat, c’est briser les barrières du mariage précoce et garantir l’égalité des chances pour la jeunesse féminine », a expliqué Wilfried Léandre Houngbédji.
Chaque année de scolarité supplémentaire est, les études le montrent, une année gagnée contre le mariage forcé, une chance de plus d’autonomie économique, un rempart contre la précarité. En maintenant les filles à l’école jusqu’à dix-huit ans, l’État agit sur l’un des leviers les plus puissants du développement humain.
Une extension déjà annoncée aux garçons
Le gouvernement a pris soin de ne pas enfermer la mesure dans une logique d’exclusion. L’extension progressive de la gratuité aux garçons est d’ores et déjà prévue. La priorité accordée aux filles répond à un constat : ce sont elles qui, les premières, quittent les bancs de l’école sous la pression des traditions ou de la nécessité. Corriger ce déséquilibre, c’est rétablir une justice avant de généraliser le droit.
Trente milliards pour le strict nécessaire
À cette révolution scolaire s’ajoute un vaste chantier de viabilisation. Trente milliards de francs CFA seront investis pour doter écoles et centres de santé de l’essentiel. Vingt milliards iront aux établissements scolaires : raccordement à l’eau et à l’électricité, construction de latrines séparées pour les filles et les garçons. Ce dernier point, souvent négligé, joue un rôle déterminant dans le maintien des adolescentes à l’école.
Les dix milliards restants viabiliseront les centres de santé, avec un accent sur l’énergie solaire et l’accès à l’eau potable. « Trente milliards investis pour que nos écoles et nos dispensaires aient enfin le strict minimum : de l’eau potable, de l’électricité et de l’hygiène. Le développement commence par là », a souligné le porte-parole.
La dignité par l’équipement
Derrière ces raccordements se joue une conception du développement. On ne bâtit pas une nation instruite dans des salles sans lumière, ni une population en bonne santé dans des dispensaires sans eau. En s’attaquant au « strict minimum », la présidence de Romuald Wadagni vise le socle sur lequel tout le reste repose.
L’énergie solaire retenue pour les centres de santé traduit aussi un souci de durabilité, dans des zones où le réseau électrique demeure fragile. C’est une réponse concrète, adaptée aux réalités du terrain, loin des effets d’annonce sans lendemain.
Ces deux réformes, l’une tournée vers l’avenir des filles, l’autre vers l’équipement des services de base, dessinent une même ligne : placer la dignité humaine au centre. À Parakou, ce mercredi, le gouvernement de Romuald Wadagni a rappelé que le progrès social ne se décrète pas seulement dans les grands discours, mais se mesure à la lumière d’une salle de classe et à l’eau qui coule enfin au robinet d’un dispensaire.
Wandji

