- « Nous n’avons aucune garantie, mais nous voulons donner une chance », explique le SG/CSA-Bénin
Le secrétaire général de la Confédération des syndicats autonomes du Bénin (CSA-Bénin), Anselme Amoussou, était l’invité de l’émission « L’Entretien du dimanche » sur Eden TV. Pendant près d’une heure, le responsable syndical est revenu sur le bilan social des dix dernières années, les restrictions des libertés syndicales sous le régime de Patrice Talon, les raisons qui ont conduit plusieurs centrales à soutenir Romuald Wadagni à la présidentielle de 2026, ainsi que les attentes du mouvement syndical vis-à-vis du nouveau pouvoir. Entre critiques assumées, autocritique et appel au dialogue, il dessine les contours d’un syndicalisme qu’il souhaite plus constructif et davantage associé à la gouvernance du pays.

Pour Anselme Amoussou, la principale urgence n’est plus l’accumulation des cahiers de doléances, mais la reconstruction d’un véritable dialogue social. Selon lui, les revendications des travailleurs demeurent nombreuses, mais elles ne pourront trouver d’issues durables que si un climat de confiance est rétabli entre les partenaires sociaux et les autorités publiques. « Ce que nous attendons aujourd’hui d’un gouvernant, c’est qu’il donne une petite chance au dialogue social de fonctionner », affirme-t-il, estimant qu’aucun pays ne peut prétendre éliminer totalement les revendications sociales, mais que les crises peuvent être évitées lorsque les mécanismes de concertation fonctionnent efficacement.
Le SG de la CSA-Bénin considère que la crise actuelle est avant tout une crise de confiance. Selon lui, les syndicats doivent pouvoir croire aux engagements du Gouvernement lorsque celui-ci annonce qu’une revendication ne peut être satisfaite immédiatement. Cette crédibilité de la parole publique constitue, à ses yeux, la condition indispensable à l’apaisement social. À défaut, explique-t-il, travailleurs et gouvernants évoluent dans « un dialogue sourd » qui nourrit les tensions au lieu de les résoudre.
Pourquoi les syndicats ont soutenu Romuald Wadagni
Interrogé sur le soutien apporté par cinq centrales syndicales à la candidature de Romuald Wadagni lors de l’élection présidentielle du 12 avril dernier, Anselme Amoussou assume pleinement ce choix tout en précisant qu’il ne repose sur aucun accord politique formel. « Nous n’avons aucune garantie », reconnaît-il. Il explique cependant que les échanges avec le nouveau Chef de l’État ainsi que les premiers signaux envoyés par celui-ci ont convaincu les organisations syndicales de lui accorder « une petite chance », dans l’espoir d’un changement de méthode et d’une gouvernance davantage centrée sur l’humain.
Pour le responsable syndical, cette prise de position a été rendue publique afin que l’opinion puisse, demain, juger aussi bien les engagements du pouvoir que ceux des organisations syndicales.
Un regard nuancé sur la gouvernance Talon
Anselme Amoussou refuse cependant de dresser un bilan entièrement négatif des dix années écoulées du régime Talon. Il reconnaît plusieurs avancées, notamment en matière de rigueur administrative et de gouvernance publique. Il cite, à titre d’exemple, les nouvelles pratiques observées dans la distribution des moustiquaires en milieu scolaire, qu’il considère comme une illustration des progrès réalisés en matière de transparence.
Mais, selon lui, cette rigueur ne doit pas se transformer en rigidité. Il estime que l’action publique doit également prendre en compte l’épanouissement des travailleurs, le respect des libertés syndicales et la qualité du dialogue avec les partenaires sociaux.
Le pouvoir d’achat, priorité du nouveau septennat
Au-delà des salaires, le secrétaire général de la CSA-Bénin invite le nouveau Gouvernement à agir sur tous les facteurs qui influencent le pouvoir d’achat. Pour le SG, une augmentation salariale perd tout son sens lorsque les loyers, les coûts du transport ou les dépenses de santé continuent de progresser. Il plaide notamment pour une meilleure régulation des prix, le développement des transports collectifs, une politique du logement plus volontariste ainsi que l’accélération de la généralisation de l’assurance maladie, qu’il considère comme l’un des principaux chantiers sociaux encore inachevés.
Un syndicalisme appelé à se réinventer : L’entretien a également été l’occasion pour Anselme Amoussou de porter un regard autocritique sur le mouvement syndical. Selon Anselme Amoussou, les dix dernières années ont révélé plusieurs faiblesses internes, notamment en matière de mobilisation, de militantisme et de proximité avec la base. Une situation qui impose, selon lui, une profonde remise en question des organisations syndicales afin de restaurer leur crédibilité et leur capacité d’action.
Il affirme ainsi vouloir promouvoir un syndicalisme davantage orienté vers la qualité du dialogue, la formation des militants et la recherche de solutions concertées.
« Le syndicat doit aussi être au service de l’entreprise » : Évoquant les défis liés à l’emploi des jeunes et au développement industriel, Anselme Amoussou défend une conception renouvelée de l’action syndicale. Selon lui, le syndicat ne doit pas uniquement défendre les travailleurs ou s’opposer à l’employeur, mais également contribuer à la performance de l’entreprise. Il estime que les organisations syndicales ont un rôle essentiel à jouer dans l’amélioration des conditions de travail, la prévention des risques professionnels et l’accompagnement des politiques de création d’emplois, notamment dans les nouvelles zones industrielles comme la GDIZ.
Anselme Amoussou a pour finir, lancé un appel à une nouvelle culture des relations professionnelles au Bénin. Pour lui, le syndicalisme et le pouvoir politique ne doivent plus être enfermés dans une logique permanente d’affrontement. À condition que le dialogue soit sincère, que les engagements soient respectés et que la confiance soit restaurée, il est convaincu que les partenaires sociaux peuvent devenir des acteurs de la co-construction du développement national plutôt que de simples protagonistes du rapport de force.
Romain HESSOU

