Un cadre stratégique inédit jusqu’en 2036 adosse le Bénin à 1,077 milliard de dollars de financements IDA, avec deux programmes phares sur l’énergie et la nutrition.

C’est une étape majeure dans la trajectoire de développement du Bénin. Le 16 juin 2026, à Washington, le Groupe de la Banque mondiale a officialisé un nouveau Cadre de partenariat pays (CPF) couvrant la période 2027-2036, accompagné de deux financements de l’Association internationale de développement (IDA) totalisant 320 millions de dollars. En filigrane, une ambition centrale : l’emploi de qualité pour une population active en forte expansion.
Le nouveau CPF, aligné sur la vision ALAFIA 2060 du gouvernement béninois, prévoit une enveloppe IDA de 1,077 milliard de dollars sur la prochaine décennie. À cela s’ajouteront des interventions de la Société Financière Internationale (IFC) et de l’Agence Multilatérale de Garantie des Investissements (MIGA) au bénéfice du secteur privé. Le cadre repose sur trois axes : renforcement du capital humain, développement des infrastructures et transformation économique portée par le secteur privé. Ce dernier pilier met explicitement l’accent sur l’accès au financement des PME, notamment celles dirigées par des femmes, et sur la mobilisation des investissements privés.
Cette enveloppe s’inscrit dans une relation financière déjà dense entre Cotonou et l’institution de Bretton Woods. En octobre 2024, la Banque mondiale avait approuvé un package de 635,5 millions d’euros, dont une garantie IDA inédite de 200 millions d’euros ayant permis au Bénin de lever 500 millions d’euros de financements commerciaux à long terme, diversifiant ainsi sa base d’investisseurs et allongeant la maturité de sa dette. En juin 2024, un financement supplémentaire de 150 millions de dollars avait également été approuvé pour l’aménagement de 3 000 hectares dédiés à la production de riz irrigué et de légumes dans le nord du pays.
Dogo-Bis : l’hydroélectricité comme levier stratégique
Le premier des deux programmes approuvés concerne le barrage multifonctions Dogo-Bis, financé à hauteur de 150 millions de dollars dans le cadre d’une enveloppe globale de 580 millions. Ce projet prépare la construction du premier barrage hydroélectrique à grande échelle du pays sur le fleuve Ouémé, d’une capacité de 128 MW. Polyvalent par nature, il combine production d’énergie renouvelable, irrigation de 17 500 hectares de terres agricoles, réduction de 40 % des risques d’inondation et restauration de 14 000 hectares de forêts. Les bénéficiaires directs sont estimés à 168 000 personnes via les infrastructures de transport, 128 000 via les services sociaux et 20 000 via un accès nouveau à l’électricité.
Nutrition : le Bénin rejoint le club GFF
Le second programme, baptisé « Alafia 1, Nourrir le Bénin pour l’avenir », est doté de 170 millions de dollars, dont 150 millions de l’IDA et 20 millions du Mécanisme de financement mondial pour les femmes, les enfants et les adolescents (GFF). Il cible la réduction du retard de croissance chez les jeunes enfants en améliorant l’accès à des services intégrés de nutrition, de santé et de développement de la petite enfance. Fait notable : le Bénin devient le premier nouveau pays à intégrer le partenariat GFF dans le cadre de sa stratégie Cap sur 2030, portant à 37 le nombre de pays partenaires du fonds.
Ce programme s’inscrit dans une longue tradition d’appui de la Banque mondiale au capital humain béninois. En 2023, un financement de 100 millions de dollars avait été approuvé pour étendre le programme national de filets sociaux Gbéssoké, ciblant au moins 150 000 personnes parmi les ménages extrêmement pauvres figurant dans le Registre social unique.
Des fondamentaux qui inspirent confiance
Ce flux de financements n’est pas sans lien avec les performances macroéconomiques du pays. En 2024, la croissance économique du Bénin a atteint 7,5 %, son niveau le plus élevé depuis 1990, tirée par les services et l’industrie. Sur la période 2025-2027, la croissance devrait se maintenir à 7,1 % en moyenne, avec une réduction attendue de la pauvreté à 22,3 % en 2027.
Malgré ces avancées, des fragilités persistent. L’éligibilité du Bénin à l’Allocation de prévention et de résilience (PRA) reconnaît des vulnérabilités structurelles liées à la gestion des ressources naturelles, aux disparités régionales Nord-Sud et à la pression sur l’emploi des jeunes dans les zones frontalières. Cette allocation appuiera le Programme gouvernemental PREP 2024-2029, axé sur la gouvernance locale, la gestion foncière et l’inclusion économique.
À dix ans, le pari est clair : faire du secteur privé le véritable moteur d’une prospérité durable, dans un pays dont la population active croît plus vite que les opportunités d’emploi formel.
Olivier ALLOCHEME

