
Au cours du premier semestre 2026, l’exécution des finances publiques béninoises est demeurée caractérisée par une rigueur stricte dans le respect des obligations financières de l’État. Initialement, la loi de finances pour la gestion 2026 prévoyait une enveloppe globale allouée au service de la dette de 986,151 milliards de FCFA. Ce montant représentait 26,06 % de la totalité des charges initiales de l’État, évaluées à 3 783,984 milliards de FCFA. Selon les données comptables consolidées du Trésor public et de la Caisse autonome de gestion de la dette arrêtées au 30 juin 2026, le montant effectif des remboursements décaissés durant les six premiers mois de l’année s’est élevé à 580,7 milliards de FCFA. Rapportée aux recettes fiscales annuelles projetées à 2 237,8 milliards de FCFA pour 2026, cette somme réglée en un seul semestre absorbe déjà plus d’un quart des recettes fiscales attendues sur l’ensemble de l’exercice. Rapporté à la richesse nationale du Bénin, le service de la dette effectivement honoré au cours du premier semestre équivaut à environ 3,8 % du Produit Intérieur Brut.
Une célérité d’exécution tirée par la concentration des échéances d’intérêts
L’examen du rythme des décaissements met en évidence une célérité remarquable dans l’apurement des engagements financiers souverains. Avec 580,7 milliards de FCFA décaissés à la mi-2026, le taux d’exécution atteint 58,89 % des prévisions annuelles de la loi de finances initiale dès la fin du premier semestre. Cette accélération ne traduit pas une dérive des charges mais s’explique par la répartition temporelle des tombées d’échéances. D’un côté, le remboursement du capital se chiffre à 384,1 milliards de FCFA, représentant un taux d’exécution de 53,43 % conforme à la trajectoire semestrielle. De l’autre côté, le paiement des charges financières et intérêts s’élève à 196,6 milliards de FCFA, ce qui équivaut à un taux d’exécution de 73,55 % par rapport aux prévisions initiales. La forte concentration des paiements de coupons d’intérêts au cours de la première moitié de l’année explique ce rythme soutenu. En dépit de cette pression calendaire sur la trésorerie publique, le Bénin n’a enregistré aucun arriéré de paiement au 30 juin 2026.
L’impact de la loi de finances rectificative de juin 2026
L’élément déterminant de la gestion budgétaire à mi-parcours réside dans le vote à l’unanimité par l’Assemblée nationale, le 19 juin 2026, de la loi de finances rectificative pour l’exercice 2026. Ce collectif budgétaire révise le montant global du budget de l’État à 4 148,357 milliards de FCFA, marquant une progression de 9,6 % par rapport au cadrage initial. Dans ce budget révisé, les recettes budgétaires sont portées à 2 736,136 milliards de FCFA grâce aux réformes des régies financières, tandis que les dépenses budgétaires progressent de 5,2 % pour s’établir à 3 223,136 milliards de FCFA. Les autorités financières justifient directement cette hausse des dépenses par la majoration des charges financières liées à la dette publique, couplée au renforcement des investissements structurants et des transferts sociaux. L’évolution des conditions sur les marchés financiers et la hausse des taux d’intérêt ont ainsi imposé un ajustement à la hausse des crédits consacrés au service des intérêts pour le second semestre.
Trajectoire pour le second semestre
Malgré l’ajustement à la hausse des charges financières dans la loi de finances rectificative, les fondamentaux de la dette souveraine béninoise demeurent solidement ancrés. Au 30 juin 2026, l’encours global de la dette publique s’établit à 9 122,2 milliards de FCFA, fixant le taux d’endettement à 50,1 % du PIB. Ce niveau se situe largement en deçà du plafond communautaire de 70 % édicté par le pacte de convergence de l’UEMOA. De plus, le portefeuille de dette béninois bénéficie d’une faible exposition aux risques de marché. L’Euro représentant 72,9 % de la dette extérieure, la parité fixe avec le Franc CFA protège près des trois quarts du stock externe contre le risque de change direct. Enfin, la stratégie de lissage des amortissements conduite lors des opérations antérieures de reprofilage permet au Trésor public d’aborder la seconde moitié de l’année 2026 avec un profil de refinancement sous contrôle.
Olivier ALLOCHEME

