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Sénat et action syndicale au Bénin : Todjinou entre espoirs et inquiétudes 

Invité de l’émission « Grand Angle » de Crystal News Bénin TV, ce dimanche 30 août 2026, l’ancien secrétaire général de la Confédération générale des travailleurs du Bénin (CGTB), Pascal Todjinou, s’est prononcé sur la nouvelle place du Sénat dans l’architecture institutionnelle, les restrictions visant les acteurs syndicaux ainsi que sur son propre parcours dans le mouvement syndical. S’il juge excessive l’assimilation des activités syndicales aux activités politiques, il appelle néanmoins au respect des lois et à la poursuite du débat démocratique.

La création du Sénat et l’instauration d’une trêve politique continuent de susciter des interrogations au sein de l’opinion béninoise. Parmi les dispositions qui alimentent le débat figure celle qui assimile, dans certaines circonstances, les organisations syndicales aux acteurs politiques. Sur le plateau de « Grand Angle », Pascal Todjinou a livré une lecture nuancée de cette évolution institutionnelle.

L’ancien responsable syndical affirme avoir initialement nourri des inquiétudes à l’annonce de la création du Sénat. Après avoir pris connaissance de son règlement intérieur, il dit cependant avoir considéré l’institution comme nécessaire. Mais il déplore le manque de diffusion publique de ce document, qu’il dit avoir lu dans une version comportant 103 articles. Selon lui, cette situation contribue à expliquer le faible niveau de réaction des organisations syndicales concernées.

« L’action syndicale participe de la démocratie »

Sur la question de l’assimilation des activités syndicales aux activités politiques, Pascal Todjinou se montre nettement plus critique. Fort de ses 28 années d’expérience syndicale et de ses 23 années passées au sein de la confédération, il rappelle que la mission première du syndicat demeure, selon lui, la défense des intérêts des travailleurs. Il établit ainsi une distinction entre une revendication syndicale pouvant avoir des implications politiques et une véritable action politique. Pour lui, demander l’amélioration des conditions de vie et de travail des salariés ne saurait être assimilé à une entreprise visant à renverser ou à déstabiliser le pouvoir politique.

L’ancien syndicaliste reconnaît toutefois que certaines organisations ont pu, dans le passé, engager ce qu’il qualifie de « grèves politiques ». Il estime que ces pratiques ont pu contribuer à nourrir la méfiance des pouvoirs publics à l’égard du mouvement syndical. Mais il refuse que l’exercice normal du droit syndical soit automatiquement associé à une activité politique. « L’action syndicale participe même de la démocratie », soutient-il, estimant qu’elle permet notamment de faire remonter les difficultés rencontrées par les travailleurs et d’ouvrir un dialogue avec les employeurs.

Une restriction qu’il juge « pas bonne »

Pascal Todjinou ne cache donc pas son désaccord avec l’extension des restrictions aux organisations syndicales. Il considère que cette disposition mérite d’être réexaminée et appelle les acteurs concernés à réfléchir aux stratégies permettant éventuellement de faire évoluer la situation.

L’ancien secrétaire général de la CGTB insiste cependant sur son attachement au respect des lois. Une fois une loi adoptée et promulguée, estime-t-il, elle doit être respectée. Il ajoute néanmoins que les lois peuvent évoluer à travers le débat et le combat démocratique.

Son analyse ne se limite pas au syndicalisme. Il estime que les restrictions actuelles constituent la conséquence d’années de « dérapages » dans la vie politique béninoise. À ses yeux, la responsabilité de la situation incombe à plusieurs catégories d’acteurs, aussi bien politiques que syndicaux.

Le Sénat, une institution aux « pouvoirs extraordinaires »

Autre point majeur de l’entretien : la puissance attribuée au Sénat dans la nouvelle architecture institutionnelle. Pascal Todjinou estime que les pouvoirs conférés à cette institution, notamment à son bureau, sont considérables.

Il relève particulièrement la capacité du Sénat à sanctionner ou à prononcer la déchéance de certains responsables. À ses yeux, cette prérogative marque une différence importante avec la Cour constitutionnelle, dont la mission consiste essentiellement, selon son analyse, à constater les violations de la loi. Cette concentration de pouvoirs l’amène à s’interroger sur la place future de la Cour constitutionnelle. Il estime même que l’avènement du Sénat pose désormais une « question de principe » quant à l’utilité de cette institution dans le nouvel équilibre institutionnel.

Todjinou juge également particulièrement forte la position du président du Sénat. Dans son analyse, les deux principales figures institutionnelles de l’État, le président de la République et le président du Sénat, disposent chacune d’une influence majeure, même si l’exécution des décisions du Sénat relève du pouvoir exécutif.

Il appelle néanmoins à laisser fonctionner le Sénat avant de tirer des conclusions définitives. « Expérimentons-le d’abord », résume-t-il, estimant que l’expérience permettra d’identifier les éventuelles corrections à apporter.

Si Pascal Todjinou estime normal que Patrice Talon dirige le Sénat, il se montre plus réservé sur la composition de son bureau. Il regrette notamment que plusieurs anciens collaborateurs de l’ancien chef de l’État y occupent des responsabilités. Pour lui, une ouverture à des personnalités extérieures aurait pu apporter davantage de diversité dans la conduite de la nouvelle institution. Il cite notamment, à titre d’exemples, Théodore Holo et Robert Dossou.

Cette réserve ne l’empêche toutefois pas de considérer Patrice Talon comme particulièrement bien placé pour conduire le Sénat, au regard de sa connaissance du dispositif institutionnel mis en place.

« Je suis un homme libre »

Les échanges ont également permis à Pascal Todjinou de revenir sur son propre parcours et sur les accusations de proximité avec certains responsables politiques. L’ancien dirigeant syndical rejette toute idée selon laquelle ses relations personnelles avec des responsables politiques auraient influencé ses prises de position.

Il rappelle notamment avoir entretenu une relation d’amitié avec l’ancien président Boni Yayi, tout en affirmant avoir continué à le critiquer lorsqu’il était au pouvoir. Il évoque également des épisodes de tensions avec différents gouvernements et affirme n’avoir jamais accepté de compromissions financières.

Il raconte notamment avoir refusé une enveloppe qu’un ministre lui aurait proposée sous prétexte de financer du carburant. Pour Pascal Todjinou, cette attitude était liée à une préparation personnelle de sa retraite et à sa volonté de préserver son indépendance.

Il rejette également l’idée selon laquelle son départ de la Bourse du travail aurait été provoqué par l’arrivée au pouvoir de Patrice Talon. Selon son récit, il était déjà disposé à prendre sa retraite avant l’élection de ce dernier.

Romain HESSOU

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