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L’enseignant à l’ère de l’intelligence artificielle : Boussole indispensable d’une classe réinventée

L’évaluation PISA 2025 a été publié cette semaine. Ce rapport qui a mesuré les compétences de plus de 760 000 élèves représentant 33 millions de jeunes de 15 ans à travers 91 pays et économies, offre un éclairage inédit sur les transformations de l’école à l’ère du numérique. Alors que les outils d’intelligence artificielle générative irriguent de plus en plus le quotidien scolaire, une certitude s’impose à la lecture du rapport : la technologie ne saurait se substituer à l’action humaine. Bien au contraire, le rôle de l’enseignant se trouve profondément redéfini. Il ne s’agit plus seulement de transmettre verticalement des connaissances factuelles, mais de servir de guide critique, de médiateur éthique et d’architecte des apprentissages face à des algorithmes désormais capables de générer des textes, de résoudre des équations ou de concevoir des synthèses en quelques secondes.

Au sein des pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l’intégration des agents conversationnels pour le travail scolaire est devenue une réalité quotidienne pour une large proportion d’élèves. Les lycéens sollicitent prioritairement l’intelligence artificielle pour les aider à apprendre, effectuer des recherches préliminaires sur de nouveaux sujets, rédiger des brouillons ou résumer des lectures assignées. Toutefois, le rapport PISA 2025 souligne que l’efficacité de ces outils dépend fondamentalement de la posture pédagogique adoptée en classe. Lorsque l’intelligence artificielle est utilisée comme une béquille qui supprime l’effort intellectuel de l’élève, les performances académiques stagnent ou régressent. En revanche, lorsqu’elle est mobilisée par l’enseignant comme un étayage stimulant la réflexion autonome, elle devient un puissant levier de progrès. Pour réussir ce pari, la préparation du corps enseignant reste inégale : si dans des pays comme l’Islande, les Pays-Bas ou la Suisse, plus de 80 % des élèves fréquentent des établissements où les directeurs estiment que les professeurs possèdent les compétences requises pour intégrer le numérique, l’émergence rapide de l’IA générative depuis 2022 pose de nouveaux défis de formation, de confiance et de maîtrise pédagogique à l’échelle mondiale.

Cette exigence de supervision humaine est au cœur des orientations internationales et des cadres politiques émergents. Comme le rappelle avec force la ministre de l’Éducation nationale du Gabon, Camélia Ntoutoume Leclercq, « Le numérique doit venir enrichir l’enseignement ; il ne doit jamais s’y substituer ». L’Unesco, dans son référentiel de compétences en intelligence artificielle pour les enseignants, insiste également sur la préservation de l’agentivité humaine et sur le maintien d’une relation triangulaire équilibrée entre l’enseignant, l’élève et la technologie. L’enseignant moderne devient ainsi le garant d’un usage éthique, apprenant aux élèves à analyser les biais algorithmiques, à vérifier la fiabilité des sources et à tester la cohérence des réponses générées plutôt qu’à les accepter aveuglément.

Le cas de l’Afrique

Sur le continent africain, les systèmes éducatifs font face à des défis structurels majeurs illustrés par 118 millions d’enfants et adolescents déscolarisés et un taux de maîtrise des compétences de base en fin de primaire plafonnant à 10,8 %. Ainsi, l’intelligence artificielle ne s’y  déploie pas comme un gadget technologique, mais comme un instrument ciblé de soutien aux maîtres et d’équité pédagogique. L’expérience du Bénin est à ce titre particulièrement illustrative. Engagé comme pays pilote au sein du programme régional GPE KIX Afrique 21, le Bénin expérimente des projets d’innovation pédagogique intégrant l’intelligence artificielle dans l’enseignement des sciences, des technologies, de l’ingénierie et des mathématiques au primaire. Dans ce cadre, les outils d’IA sont utilisés pour concevoir les trames initiales de manuels scolaires scientifiques et suggérer des exemples ancrés dans le contexte culturel local. Mais la décision finale reste strictement humaine : ce sont les équipes d’enseignants et de pédagogues locaux qui examinent, corrigent, valident et traduisent chaque contenu aux exigences du programme national.

De même, des initiatives régionales telles que la plateforme Edukia accompagnent plus de 30 000 apprenants au Bénin, au Congo et au Sénégal en reliant apprentissage et orientation. Son cofondateur, Abdoulaye Ba, résume ainsi cette mutation cruciale : « Pendant longtemps, les systèmes éducatifs africains ont proposé un parcours standardisé : le même contenu, au même rythme, pour tous. L’IA permet désormais de passer à une éducation plus personnalisée ». Il ajoute néanmoins une mise en garde fondamentale qui résonne avec les conclusions du PISA : « L’IA ne doit jamais être uniquement une question de performance technologique. C’est avant tout une question de confiance ».

Qu’il s’agisse des salles de classe des pays de l’OCDE ou des écoles en cours de transformation en Afrique subsaharienne, le rapport PISA 2025 et les innovations de terrain convergent vers le même constat : l’intelligence artificielle ne relègue pas l’enseignant au second plan, mais réaffirme sa centralité pédagogique. Libéré des tâches préparatoires routinières grâce aux algorithmes, l’enseignant peut pleinement se consacrer à ce qu’aucune machine ne pourra remplacer : l’empathie, l’éveil du sens critique et l’accompagnement humain de chaque élève vers la réussite.

Olivier ALLOCHEME

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