You are currently viewing Uniwax Côte d’Ivoire : Anatomie d’un mirage comptable à la BRVM

Uniwax Côte d’Ivoire : Anatomie d’un mirage comptable à la BRVM

La place financière d’Abidjan est en ébullition après la douche froide subie par les actionnaires d’Uniwax Côte d’Ivoire. Alors que les publications semestrielles de l’exercice 2025 affichaient un bénéfice historique de 8,21 milliards FCFA (en hausse spectaculaire de 530 %), la publication des comptes audités annuels clos au 31 décembre 2025 a révélé une tout autre réalité : une perte sèche de 624 millions FCFA. Pour les investisseurs de la BRVM, ce retournement brutal met en lumière l’usage complexe des mécanismes comptables et fiscaux, ainsi que les risques de gouvernance liés aux valeurs à faible flottant.

Le cœur de ce « mirage » repose sur un décalage de calendrier comptable parfaitement légal, mais déroutant pour le grand public. Au cours de l’année 2025, Uniwax a réalisé la cession d’un terrain industriel, générant une plus-value nette exceptionnelle d’environ 9,8 milliards FCFA. Cette manne financière a mécaniquement gonflé les résultats intermédiaires du premier semestre, créant une illusion d’optique sur la rentabilité réelle de l’exploitation.

C’est ici qu’interviennent les provisions réglementées. Fidèle aux spécificités fiscales et comptables du référentiel SYSCOHADA et aux contraintes du secteur industriel, le management d’Uniwax savait que cette plus-value exceptionnelle devait être entièrement stérilisée avant la clôture de l’exercice. En réinvestissant ou en bloquant cette somme sous forme de provision réglementée, l’entreprise s’accorde un avantage fiscal ou répond à une obligation sectorielle, mais retire instantanément ce gain du résultat net distribuable. Résultat : l’effet positif s’est totalement évaporé au quatrième trimestre, laissant réapparaître le déficit structurel de l’activité textile.

 Apurement des dettes et sortie de Vlisco : Une générosité ciblée ?

L’autre fait marquant du bilan d’Uniwax réside dans la fonte de son poste fournisseurs, qui est passé de 14,9 milliards FCFA en 2024 à seulement 5 milliards FCFA en 2025. Une réduction de près de 10 milliards FCFA qui, au premier abord, ressemble à un assainissement du Besoin en Fonds de Roulement (BFR). Pourtant, cette sortie massive de trésorerie n’est pas le fruit d’une amélioration des performances opérationnelles. Les analystes y voient plutôt une conséquence directe de la restructuration du capital d’Uniwax, marquée par le désengagement de l’actionnaire historique, le groupe Vlisco. Ce remboursement d’une ampleur inédite sur les dix dernières années semble avoir profité en priorité au partenaire sortant, privant l’entreprise de liquidités qui auraient pu soutenir des investissements de modernisation ou l’acquisition de nouveaux équipements en lease-back pour relancer la production.

 Un signal d’alarme pour la gouvernance et les minoritaires

Pour les investisseurs particuliers et institutionnels, le choc est autant financier que managérial. La direction de la société a convoqué l’Assemblée Générale en annonçant la perte de 600 millions FCFA par une simple note de con vocation, sans explications préalables ni communication pédagogique sur le traitement de la plus-value de 8 milliards FCFA. Ce manque de transparence a provoqué un mouvement de panique immédiat sur le marché de la BRVM. Le titre Uniwax, qui avait grimpé de 334 % en un an pour atteindre des sommets à 1 825 FCFA en juin 2025, fait face à des ordres de vente massifs « au marché ». Cette situation rappelle le précédent historique de Total Côte d’Ivoire lors de sa sortie de la SIR (Société Ivoirienne de Raffinage), où les minoritaires n’avaient jamais vu la couleur des dizaines de milliards de cash-flow générés. À la BRVM, cet épisode rappelle qu’une analyse stricte du résultat opérationnel doit toujours primer sur les gains exceptionnels et les artifices de calendrier fiscal.

Olivier ALLOCHEME

Laisser un commentaire