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Marché monétaire : Le Bénin récolte 22 milliards pendant que la demande s’effondre

Lors de la séance d’adjudication du 14 mai 2026, le Trésor béninois a de nouveau levé 22 milliards de FCFA en bons à court terme. Mais la demande totale a chuté à 95,7 milliards — son niveau le plus bas depuis le début de l’année — tandis que les rendements ont encore reculé, tombant à 3,20 % sur le compartiment trimestriel. Un tournant qui mérite l’attention des investisseurs.

Le chiffre frappe par sa brutalité : 95,7 milliards de FCFA de soumissions totales le 14 mai 2026, contre 135,8 milliards le 16 avril et 160,9 milliards le 2 avril. En six semaines à peine, la demande adressée aux bons du Trésor béninois a été divisée par près de deux. Le Trésor a néanmoins maintenu son objectif et retenu 22 milliards de FCFA,  exactement comme lors des deux séances précédentes. Il s’agit de 12 milliards sur le BAT-91 jours et 10 milliards sur le BAT-182 jours. La régularité des montants levés contraste désormais de manière saisissante avec l’érosion accélérée de la demande et des rendements.

3,20 % et 3,56 % : des rendements qui entrent en territoire inédit

Les taux ressortis de cette séance confirment et amplifient la tendance baissière documentée depuis janvier. Le rendement moyen pondéré du BAT-91 jours s’établit à 3,20 %, contre 3,60 % lors de la séance du 16 avril, soit un recul supplémentaire de 40 points de base en un mois. Sur le BAT-182 jours, le rendement ressort à 3,56 %, contre 3,90 % en avril. Les taux marginaux donnent le même signal : 3,2499 % sur le trimestriel et 3,4998 % sur le semestriel.

En remontant à la séance de référence du 22 janvier 2026, la compression cumulée est désormais vertigineuse : −212 points de base sur le BAT-182 jours en moins de quatre mois (de 5,32 % à 3,56 %), et environ −176 points de base sur le BAT-91 jours. Ces niveaux de rémunération, proches de ceux observés sur les marchés monétaires des économies développées en période d’assouplissement monétaire, posent une question de fond : jusqu’où le marché est-il prêt à descendre ?

Une participation en chute libre : dix soumissionnaires sur le 91 jours, six sur le 182

La contraction de la demande est aussi qualitative. Le nombre de participants a chuté à des niveaux alarmants : dix soumissionnaires seulement sur le BAT-91 jours (contre 13 le 16 avril et 19 le 2 avril) et six sur le BAT-182 jours, un plancher inédit depuis le début de l’exercice 2026. Le nombre de soumissions suit la même trajectoire : 18 sur le trimestriel et 15 sur le semestriel, contre respectivement 23 et 32 en avril.

Ce rétrécissement du cercle des participants reflète sans doute un désintérêt croissant d’une partie des investisseurs institutionnels pour des titres dont le rendement ne couvre plus suffisamment leurs coûts de refinancement ou leurs objectifs de performance. Le taux d’absorption, en revanche, progresse logiquement à 22,99 %, son plus haut niveau depuis janvier. C’est le signe que, parmi ceux qui restent, la sélectivité du Trésor est moins nécessaire pour atteindre ses objectifs de levée.

Côte d’Ivoire en tête des attributions, le Bénin recule

La carte géographique des montants retenus enregistre un retournement spectaculaire par rapport aux séances précédentes. La Côte d’Ivoire s’impose pour la première fois comme le premier contributeur de la séance, avec 13,53 milliards retenus, 8,53 milliards sur le BAT-91 jours et 5 milliards sur le BAT-182 jours, soit 61,5 % du total adjugé. C’est un renversement remarquable : lors de la séance du 16 avril, les investisseurs ivoiriens n’avaient obtenu que 2,13 milliards, et étaient totalement absents des attributions du 2 avril.

Le Bénin, dominant lors des deux dernières séances, recule en deuxième position avec 8,47 milliards retenus (3,47 milliards sur le 91 jours et 5 milliards sur le 182 jours). Tous les autres pays de la zone (Burkina Faso, Mali, Sénégal, Togo) repartent sans attribution malgré leur présence à la soumission. Cette polarisation Bénin-Côte d’Ivoire sur les montants retenus confirme que seuls les investisseurs alignés avec les niveaux de taux très bas fixés par le Trésor parviennent désormais à se faire adjuger.

Cinq séances, une courbe : le bilan de 2026 interpelle

En consolidant les cinq séances de 2026, la tendance est désormais lisible et préoccupante pour les investisseurs en quête de rendement. La demande totale a suivi une trajectoire en cloche :  175,2 Mds en janvier, 249,9 Mds en mars, 160,9 Mds en avril, 135,8 Mds le 16 avril, 95,7 Mds le 14 mai. Pendant ce temps, les rendements s’inscrivaient en baisse quasi continue. Le marché béninois des bons à court terme, surliquide en début d’année, se normalise mais au prix d’une érosion du rendement qui commence à décourager les soumissionnaires les plus exigeants.

L’absence persistante d’émissions obligataires longues depuis le 22 janvier où les OAT à 3, 5 et 7 ans avaient rencontré un vif succès, reste l’élément le plus énigmatique de la stratégie du Trésor béninois. À mesure que les taux courts se compriment, la fenêtre pour émettre des obligations longues à des conditions raisonnables pourrait paradoxalement se refermer, si les investisseurs institutionnels à la recherche de rendement se détournent progressivement du marché béninois.

La séance du 14 mai 2026 marque peut-être un point d’inflexion. Quand la demande est divisée par deux en six semaines et que les participants se comptent sur les doigts des deux mains, le marché envoie un signal que le Trésor ne pourra pas ignorer indéfiniment. La prochaine adjudication dira si cette tendance constitue un simple creux conjoncturel ou le début d’une recomposition durable du marché monétaire béninois. Et, avec elle, l’heure d’un retour attendu sur les OAT.

DONNÉES CLÉS DE L’ADJUDICATION DU 14 MAI 2026

Montant mis en adjudication : 20 Mds FCFA  |  Montant retenu : 22 Mds FCFA  |  Taux de couverture : 478,37 %  |  Taux d’absorption : 22,99 %

BAT-91j : taux marginal 3,2499 %. Rendement moy. pondéré 3,20 %  |  BAT-182j : taux marginal 3,4998 %.  Rendement moy. pondéré 3,56 %

Principaux soumissionnaires retenus : Côte d’Ivoire 13 530 M FCFA ; Bénin 8 470 M FCFA ; autres pays : zéro attribution

Évolution des rendements 2026 :  BAT-182j : janv. 5,32 % → mars 5,13 % → 2 avr. 4,13 % → 16 avr. 3,90 % → 14 mai 3,56 % (−176 pdb en 4 mois)

Évolution de la demande 2026 : janv. 175,2 Mds → mars 249,9 Mds → 2 avr. 160,9 Mds → 16 avr. 135,8 Mds → 14 mai 95,7 Mds

Olivier ALLOCHEME

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