Un vêtement taillé dans le coton national, un carreau de céramique fabriqué à partir d’une matière première locale : c’est de ces deux objets que part le gouvernement pour justifier son Fonds de développement industriel de 100 milliards FCFA. Récit d’un pari qui veut faire passer l’industrie du stade de la démonstration à celui de l’échelle.

Il y a d’abord deux objets. Un vêtement, issu d’un coton cultivé au Bénin et désormais transformé dans le pays. Un carreau de céramique, produit à partir d’une matière première nationale et conduit jusqu’au stade de produit fini. Ce sont eux que le gouvernement a choisis pour illustrer le chemin parcouru par l’industrie béninoise ces dernières années. Ils sont aussi le point de départ de sa nouvelle décision : la création du Fonds de développement industriel, doté d’un capital de 100 milliards de francs CFA, dont le Ministre, Porte-parole du gouvernement a exposé la logique.
Le raisonnement de l’exécutif tient en un constat à double face. Des filières qui n’existaient pas ont vu le jour, et le gouvernement y voit un acquis. Mais ces filières restent étroites, géographiquement concentrées et portées par des entreprises dont la taille ne suffit pas encore à affronter la concurrence régionale et internationale. L’industrie a fait sa démonstration. Elle n’a pas encore trouvé son échelle.
Le seuil critique
Tout le dispositif s’organise autour de cette notion. Pour qu’une entreprise industrielle tienne face à des concurrents établis, elle doit franchir un seuil critique : produire suffisamment, investir dans la durée, conquérir des marchés extérieurs. L’exécutif en tire une double conclusion. Il faut multiplier les filières prises en compte, et élargir le territoire couvert.
L’objectif général est formulé sans ambiguïté : accélérer la transformation structurelle de l’économie nationale par l’industrialisation, en faisant émerger une classe d’entreprises industrielles nationales de taille significative et de dimension internationale. Le mot « classe » n’est pas anodin. Le gouvernement ne parle pas de quelques réussites isolées, mais d’un ensemble d’entreprises appelées à structurer l’économie.
Encore faut-il comprendre pourquoi ces entreprises ne grandissent pas d’elles-mêmes. La réponse gouvernementale tient en trois manques : le capital, le crédit et le temps.
Trois réponses à trois manques
Au manque de capital répond Bénin Industrial Invest (BII). Ce guichet doit apporter aux entreprises des fonds propres et des quasi-fonds propres de long terme. Le constat qui le fonde est d’ordre temporel : les projets industriels structurants ont un retour sur investissement qui excède l’horizon du crédit bancaire disponible. Une usine ne se rembourse pas au rythme d’un prêt de court ou de moyen terme.
Au manque de crédit répond la Facilité de garantie industrielle (FGI). Mobilisable auprès des banques et des sociétés de crédit-bail partenaires, elle doit permettre de partager le risque des prêts de long terme, du crédit-bail d’équipement et du financement des exportations. L’État ne prend pas la place du banquier. Il s’assied à côté de lui et assume une part du risque que celui-ci hésitait à porter seul.
Au manque de temps, enfin, répond Usines prêtes à l’emploi (UPE). Le programme prévoit des usines clés en main sur les pôles territoriaux de développement. L’investisseur qui arrive n’a plus à construire avant de produire. Le gouvernement en attend une réduction significative du délai d’implantation industrielle.
Ces trois guichets ont des métiers, des instruments et des horizons distincts. Le Conseil des ministres a toutefois tenu à préciser que leur action sera coordonnée au service d’un même objectif. Il a également prévu une gouvernance conforme aux meilleures pratiques internationales en matière de fonds publics d’investissement, sans en détailler encore les contours.
La carte et le territoire
Une autre ambition traverse le projet : celle de déplacer la carte industrielle du pays. Le gouvernement veut porter l’effort au-delà du périmètre des zones existantes, au plus près des bassins de production de matières premières. L’idée prolonge la logique des deux objets du départ. Si le coton peut devenir vêtement et une matière première locale carreau de céramique sur le sol national, d’autres ressources pourraient connaître le même sort, à proximité des lieux où elles sont produites.
Cette ambition territoriale coexiste avec celle des champions nationaux, capables de s’intégrer aux chaînes de valeur régionales et mondiales et de porter le nom du Bénin sur les marchés internationaux. Les deux horizons ne se contredisent pas, mais ils tirent dans des directions différentes. Le premier appelle la concentration des moyens sur quelques entreprises appelées à grandir. Le second suppose de les répartir sur l’ensemble du territoire. Le gouvernement les présente comme complémentaires : des champions pourraient précisément naître dans ces bassins de production éloignés des zones actuelles.
Des statuts aux premiers dossiers
Pour l’heure, le Fonds existe dans ses statuts. Les statuts de la société qui le porte ont été approuvés. Les ministres chargés de l’Économie et des Finances, de l’Industrie et de la Promotion de l’investissement privé sont chargés de sa formalisation et de son opérationnalisation. Ni le calendrier, ni la répartition du capital entre les guichets, ni les critères d’accès des entreprises n’ont encore été rendus publics.
Le gouvernement a choisi deux objets pour raconter l’industrie d’hier. Le Fonds est conçu pour en ajouter d’autres à la liste. Le jour où l’on pourra citer, à côté du vêtement et du carreau, un produit sorti d’une usine clés en main installée loin des zones actuelles, financé par le BII et adossé à un crédit garanti par la FGI, le pari aura pris corps
Wandji